Les baobabs cimetières
Les baobabs s’intègrent à la vie, de la consécration à la naissance chez les Dogons, à la mort, baobabs cimetières à lépreux chez les Dogons, à griots au Sénégal…
A Bandiagara, en pays Dogon, c’est un mode de sépulture réservé aux lépreux. On choisi un baobab creux, avec une ouverture de préférence tournée vers le haut. La dépouille est fixée sur un brancard, glissée à l’intérieur et l’ouverture scellée avec de l’argile et de la paille. En fait, l’utilisation de ce type de sépulture est bien une conséquence de la peur de la maladie. Un cadavre de lépreux en terre risque d’amener une pluviosité insuffisante, sans compter la souillure du sol pendant des années, et donc des céréales, des fruits, des mares. Mais c’est également à cause de cela que les feuilles de baobabs âgés et creux ne sont pas utilisées dans la confection de plats, en particulier la bouillie de mil. Cette opération se fait également dans le cas de décès dus au charbon, dont le caractère de maladie tellurique a été bien reconnue. La protection des sols est ainsi bien assurée.
L’enterrement des griots dans les arbres creux est signalée de longue date au Sénégal, en particulier en pays Sérère. Le premier à mentionner cette coutume funéraire est Alvarez d’Almada qui la signale au Saloum. « Les griots forment une caste tout à fait particulière au sein des sociétés ouest-africaines. Troubadours, ménestrels, généalogistes, conseillers, fous du roi, flagorneurs des riches et des puissants, inlassables quémandeurs et piliers de toutes les noces et banquets, ils sont à la fois craints et méprisés, raillés, payés… » et enterrés loin du cimetières du village, pour ne pas souiller la terre et la rendre stérile à jamais.
En 1955, la découverte de squelettes humains dans le baobab « bok » à Fann entraîne une étude détaillée de la part des spécialistes de l’IFAN. Comme celui de Fann, d’autres baobab sont ainsi appelés « baobabs à griots », à Ouakam, à côté de Sangalkam. Cette coutume a duré probablement jusqu’à l’islamisation effective de la presqu’île du Cap Vert, avec peut être quelques cas isolés jusqu’à la fondation de Dakar an 1857. Elle a été maintenue plus longuement en pays Sénère animiste. Si vous allez vers la forêt de Bandia, sur la route de Dakar à Mbour, vous pourrez visiter des tumuli et des arbres à griots. A titre anecdotique, il faut signaler que certains renseignements concernant ces rites funéraires ont été retirés des cahiers de devoirs de vacances des élèves de l’Ecole William Ponty, rédigés en 1945.
